Pourquoi l’interdit rend intelligent
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Eloge de l’interditLes interdits contribuent au développement de l’intelligence parce qu’ils nous forcent à réfléchir tout en stimulant notre créativité, et parce qu’ils nous obligent à trouver les réponses originales qui nous permettront de satisfaire notre désir tout en respectant l’interdit.En effet, pourquoi activer son intelligence lorsqu’on a déjà toutes les réponses ? Que ce soit pour les sciences, dans les arts et dans presque toutes les activités humaines, c’est quand il est entravé par un interdit que l’esprit se met à chercher –et à trouver– la bonne réponse. Un exemple tiré du sport :Pour le foot, par exemple, ce que les spectateurs savourent tout particulièrement c’est justement la savante combinaison de stratégie et de tactique que les interdits (les règles) imposent aux joueurs.La pulsion à l’état naturel serait d’utiliser toute la puissance dont dispose une équipe pour mettre le ballon au fond du but adverse. Et pourtant ce que voit le public et ce qu’il désire voir ce n’est absolument pas une charge furieuse vers cet objet du désir, mais une partie intelligente et toute en finesse pour arriver à ce même but. On voit que c’est le respect des règles qui force les joueurs à élaborer une stratégie complexe qui mène à la victoire sans pourtant les transgresser ; et si la finalité du jeu est la même, au lieu d’une charge aveugle et sans intérêt, on peut admirer un scenario passionnant et savamment élaboré. Comment l’interdit développe l’intelligence d’un petit enfant :C’est ce que nous montre l’analyse du petit Hans (3 ans ½) rapportée par Freud.Dès son plus jeune âge un enfant s’intéresse à tout ce qui touche à la sexualité et cherche activement à trouver la clé de l’énigme qu’elle lui pose, ce qui le pousse à commencer à penser par lui–même si, toutefois, on ne la lui a pas déjà donné une réponse. Les premières recherches du petit Hans concernent la différence des sexes et il veut savoir si tous les êtres humains ont un pénis comme lui–même. Il cherche la réponse et, ayant vu traire une vache, il fait un rapprochement, certes erroné mais partiellement logique, puisqu’il rapproche deux émissions de liquides corporels, et il s’était exclamé : « Regarde ! Du fait-pipi [de la vache] il sort du lait ». Puis, vu ayant un lion au zoo, il s’était écrié, « joyeux et excité : j’ai vu le fait-pipi du lion ! ». Et le voilà rassuré car il est évidemment plus valorisant de se comparer au roi des animaux qu’à la vache de la ferme. Mais Hans continue ses investigations et, ayant vu une locomotive lâcher de l’eau (c’était au temps des locomotives à vapeur) il avait dit à sa mère : « Regarde, la locomotive fait pipi. Où est donc son fait-pipi ? » Et quelques minutes après, « il dit d’un ton pensif : Un chien et un cheval ont un fait-pipi. Une table et une chaise n’en ont pas ». C’est une pensée étonnante de la part d’un si petit bonhomme : il a été capable de comparer deux êtres vivants -le chien et le cheval- à deux objets inanimés -la table et la chaise- et d’en tirer la conclusion que la sexualité est ce qui différencie le vivant du non-vivant. Et c’est elle, en effet, qui permet de donner la vie. Hans est donc maintenant capable de mettre des liens entre des évènements apparemment éloignés les uns des autres, autrement dit il est devenu capable de penser par lui–même. Hans, comme tous les enfants veut aussi comprendre d’où viennent les bébés, comment les parents s’y prennent pour les fabriquer et comment font les nouveaux–nés pour sortir d’un lieu apparemment bien clos. Toutes ces énigmes si excitantes et si difficiles à percer contraignent l’enfant à faire travailler son imagination, (donc sa créativité) mais le forcent aussi à distinguer entre ce qui est vraisemblable et/ou possible de ce qui ne l’est pas. Mais, comme je l’ai déjà fait remarquer, si ses parents lui avaient déjà tout révélé il n’aurait pas eu besoin de développer sa capacité de penser. Evidemment l’enfant qu’on laisse réfléchir tout seul va commettre beaucoup d’erreurs. Mais les erreurs aussi sont utiles car ce qui compte, ce qui le rendra capable de penser par lui-même, c’est d’avoir réfléchi et d’avoir habitué son cerveau à faire des recherches au lieu de tout attendre d’autrui. C’est donc là que s’origine sa capacité future à distinguer le vrai du faux, et à ne pas trop prendre les vessies pour des lanternes. Un exemple tiré du cinéma :Il s’agit d’une courte séquence qui a eu un énorme impact sur le public, impact qui est toujours aussi agissant aujourd’hui. Billy Wilder à tourné son film ‘Sept ans de réflexion’ alors que sévissait aux U.S.A. le terrible Code Hays qui imposait aux réalisateurs des interdits d’une extraordinaire pudibonderie.Ces interdits obligeaient donc à trouver un moyen subtil de dévoiler les désirs sexuels des personnages mais sans jamais montrer « l’objet de convoitise ». La scène montre Marilyn Monroe alors qu’elle s’arrête sur une grille de métro pour se rafraîchir grâce à l’air froid qui s’en dégage. Naturellement, la robe que porte Marilyn se soulève tandis qu’elle essaye en vain de la plaquer contre son corps. Son geste suggère qu’elle est honteuse de cette exhibition, tandis que sa mimique dit tout le contraire. Pour augmenter encore l’effet recherché, le réalisateur a choisi pour la tentatrice une robe blanche - symbole de pureté - et une jupe à petits plis qui évoque les jupettes des sages écolières d’autrefois mais qui est, en même temps, particulièrement apte à s’envoler. Le but du réalisateur n’était évidemment pas d’être pudibond mais au contraire d’amplifier l’impact sexuel de la prestation de l’actrice sur les spectateurs. Or ce qu’il nous fait voir ce n’est pas une femme qui sollicite un ou des partenaires possibles en leur présentant ses attributs sexuels, comme ce serait le cas dans un streep-tease, mais une scène où rien n’est montré, ou tout est suggéré. En soumettant les réalisateurs à un interdit rigoureux, le Code Hays les forçait à faire preuve de créativité pour exprimer quand même leur message tout en respectant la censure, ce qui rendait encore plus érotique la séquence. Or montrer sans montrer, exhiber sans exhibition, c’est du grand art et c’est une sublimation, Autrement dit, Billy Wilder avait réussi à transformer un voyeur en spectateur en utilisant la voie longue, celle qui sollicite aussi bien l’imagination de celui qui montre que de celui qui regarde. Il est bien évident que s’il n’avait pas eu d’arrière pensée, Billy Wilder n’aurait pas tourné cette scène ; il a, tout au contraire, savamment calculé ses effets pour transformer des spectateurs passifs en spectateurs pleins d’imagination. Une séquence de ce genre se situe à l’opposé d’une scène de film porno, même si leur finalité - éveiller le désir - est la même : la sublimation est intervenue, mettant de la pensée et de la création là où il aurait pu y avoir que la plate représentation de la pulsion sexuelle excitée par la vision des organes génitaux de l’autre. La violence.Depuis leur plus jeune âge les enfants ont une sexualité développée, et ils sont naturellement sensibles à tout ce qui peut la réveiller : photos de magazines, affiches de cinéma, scènes crues à la TV etc.Or tout cela est désormais permis, et l’excitation que provoquent toutes ces images finit par être si intense qu’elle en devient douloureuse : il leur faut alors s’en libérer à tout prix. Mais pour y parvenir les enfants ne disposent pas encore du moyen naturel qu’ont les adultes pour le faire, et ils utilisent donc la seule possibilité qu’ils ont pour se décharger de cette excitation : la violence. |
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